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  • Les inscriptions sont fermées pour le moment

    Les inscriptions sont fermées pour le moment

    La conversation est terminée. Mon ami et moi sommes assis dans ce silence particulier qui suit quelque chose de difficile, celui où la suite n’est pas encore devenue possible. Je sais être là. J’ai appris, au fil des années dans ce genre de travail, à rester à l’intérieur de la difficulté sans fléchir vers la résolution, et ce savoir n’a pas disparu quand j’ai fermé ma pratique. C’était en partie le but. La pratique a fermé pour que ça puisse se passer autrement, dans le registre de l’amitié plutôt que de la note de session, du code de facturation, de l’inscription annuelle, de la présence qui n’exige pas de formulaire d’admission.

    Autrement dit, je sais aussi ce qui vient ensuite. Je sais localiser une ressource, identifier quels organismes sont véritablement adaptés et lesquels vont faire sentir à quelqu’un qu’il aurait mieux fait de ne pas essayer. Pour cet ami, ce besoin, je pense à RÉZO — le principal organisme de santé sexuelle pour les hommes GBQ à Montréal — avant même d’avoir fini ma pensée. Le corps déjà en mouvement vers la réponse pendant que l’esprit formule encore la question. Quelque chose qui devient réflexe quand on a été assez longtemps à l’intérieur d’une communauté, quand on s’est assez donné à un écosystème particulier de soins pour savoir où les choses vivent à l’intérieur de lui.

    J’ouvre le site. La navigation a changé. La page a bougé, nichée maintenant sous une sous-sous-section que je dois localiser avant de pouvoir trouver ce pour quoi je suis venu. Je la trouve.

    Les inscriptions sont fermées pour le moment.

    Mon corps reçoit ça avant moi. Quelque chose se pose bas dans la poitrine : pas aigu, le poids spécifique de quelque chose déjà su qui arrive comme confirmation. Le corps a une grammaire pour cette texture particulière de la déception, l’a développée au fil des années et en relation avec cette institution précise. Je reste sur la page plus longtemps que nécessaire. Dates à venir. Je ferme l’onglet.

    Mon ami est encore là de la façon dont les gens restent avec toi après une conversation difficile. Ayant encore besoin de quelque chose. Je reste avec la qualité de ne pas avoir ce qu’il faut à donner, ce qui est différent de ne pas savoir que ça existait, différent de ne pas avoir essayé.

    Je connais RÉZO depuis 2017. Cet été-là j’étais intervenant pour leur programme de travail du sexe, jeune, nouvellement arrivé dans ce genre de travail, apprenant ce que ça voulait dire de se déplacer à travers des communautés que l’État avait abandonnées et auxquelles il avait ensuite nommé des institutions pour les surveiller. Le travail lui-même était réel. Je faisais de la réduction des méfaits avec des gens qui avaient construit leurs propres formes de survie à l’intérieur de cette précarité, et quelque chose en moi reconnaissait ça, était attiré vers ça, apprenait de ça. Cette partie-là je l’ai gardée.

    Un superviseur. Sa relation aux corps des hommes Noirs m’était lisible cet été-là avant que j’aie un langage structurel complet pour ça. L’institution avait choisi de ne pas avoir de langage pour ça non plus, ce qui est en soi une position. Ce qui entoure ce genre de comportement dans un contexte professionnel est souvent plus instructif que le comportement lui-même. Les silences. La façon dont certaines choses circulent sans être nommées, sans que personne soit obligé d’en rendre compte. L’atmosphère particulière d’un organisme qui a décidé que ses engagements progressistes sont évidents en eux-mêmes et n’exigent donc aucun examen. J’étais un jeune travailleur Noir à l’intérieur de cette atmosphère, faisant un travail réel, apprenant deux choses simultanément : à quoi ressemblait un soin réel quand il atteignait des gens que l’État avait abandonnés, et à quoi ressemblait une institution qui logeait la violence sans la nommer. On apprend des choses de ce qu’un organisme ne dit pas. J’ai rangé ce savoir quelque part et j’ai continué à travailler.

    La formation, les heures supervisées, trois inscriptions provinciales, les assurances, les exigences de formation continue, la documentation, tout ça construisant vers une pratique et vers une clarté croissante sur ce que le titre exigeait en échange de la légitimité qu’il conférait. Il me demandait de convertir un soin réel en quelque chose d’auditable, de faire passer ce qui se passait entre moi et les gens qui me faisaient confiance à travers des cadres conçus pour le rendre lisible aux institutions plutôt qu’utile aux gens. Je suis resté assez longtemps à l’intérieur de cette structure pour faire un travail réel et aussi assez longtemps pour comprendre ce que ça coûtait. Quand j’ai fermé la pratique je l’ai fait délibérément, pour tenir ça autrement. Dans le registre de la communauté, de l’amitié, du soin qui n’a pas besoin de la reconnaissance de l’État pour être réel. Je croyais que l’infrastructure pour ce genre de travail existait. C’est cette croyance que je portais quand j’ai ouvert l’onglet.


    En 2020 RÉZO m’a embauché pour diriger une évaluation des besoins communautaires. La question était précise : pourquoi les hommes Noirs queers et trans étaient-ils structurellement absents des usagers de l’organisme, et qu’est-ce qu’il faudrait vraiment pour changer ça. J’ai consulté 38 personnes, 21 en entretiens individuels et 17 par sondage en ligne, avec les participants trans et non-binaires délibérément surrecrutés parce que la recherche existante sur la santé des HARSAH Noirs les avait exclus par principe. La consultation s’est déroulée en plein COVID, ce qui voulait dire que les discussions de groupe prévues ont été annulées, les entretiens déplacés sur écran, et l’anonymat compromis pour les participants qui n’étaient pas sortis du placard parce que le paiement exigeait un nom attaché à un chèque. Ces contraintes sont nommées ouvertement dans le rapport parce que ce genre de transparence fait partie de ce qui rend un document digne de confiance plutôt qu’autoritaire.

    Ce que la communauté a décrit était spécifique. Ils parlaient d’entrer à RÉZO et de sentir immédiatement que l’espace avait été construit autour de quelqu’un d’autre, que le cadre de référence du personnel n’incluait pas les façons particulières dont l’antinoirceur et l’homophobie opéraient ensemble dans leurs vies, qu’être Noir et queer dans les espaces LGBTQ+ de Montréal voulait dire être hyperlisible dans certains registres et invisible dans d’autres. Ils décrivaient la fétichisation sexuelle des hommes Noirs comme une violence documentée qui n’opérait pas aux marges de ces espaces mais en leur centre. Ils décrivaient avoir besoin de quelque chose construit depuis le début autour de leur expérience réelle, pas adapté d’une programmation conçue autour des besoins d’une autre communauté.

    Le rapport qui est sorti de ce processus n’était pas un ensemble de suggestions. Il exigeait une composition du Conseil d’administration d’au moins 33% de membres racisés incluant au moins une personne Noire et au moins une personne Autochtone. Il exigeait des CV anonymes comme pratique standard d’embauche. Il exigeait une formation obligatoire antiraciste intégrée à l’accueil de tout le personnel et des bénévoles, avec documentation, selon un calendrier auquel l’organisme serait tenu plutôt qu’un qu’il pourrait déterminer lui-même. Il exigeait un groupe de soutien dédié animé par et pour les membres de la communauté Noire. Une campagne de sensibilisation publique contre la fétichisation sexuelle des hommes Noirs dans les espaces LGBTQ+, parce que la communauté avait nommé cette fétichisation spécifiquement et que le rapport les avait pris au sérieux. La spécificité était délibérée. La consultation avait été rigoureuse. Le rapport était à sa hauteur.

    Le document a atterri. RÉZO l’a reçu, le document qu’ils m’avaient embauché pour produire, et l’a appelé « un point-tournant dans l’histoire de notre organisme. » Le rapport est encore lié sur la page Kominote. Encore disponible en téléchargement. Les propres mots de l’organisme sur ce que ce moment représentait sont encore dans le dossier, attachés à la page d’un programme qui ne fonctionne plus, au-dessus d’une bannière qui dit : Les inscriptions sont fermées pour le moment.

    Kominote a été lancé en 2021. Des groupes de discussion, des consultations individuelles, des ateliers thématiques couvrant la santé sexuelle, la discrimination, la santé mentale, l’expérience spécifique de naviguer dans des espaces LGBTQ+ qui n’avaient pas été construits avec les personnes Noires queers en tête. Une campagne de sensibilisation contre la fétichisation sexuelle des hommes Noirs, parce que le rapport l’avait nommée et que le programme avait pris le rapport au sérieux. RÉZO avait demandé à la communauté ce dont elle avait besoin et elle avait répondu, et ensuite elle était venue quand quelque chose de véritablement adapté lui avait été offert. La communauté s’est présentée. Douze personnes sur vingt-cinq séances dans la deuxième année du programme. Des consultations individuelles en parallèle. Des gens qui passaient du soutien individuel au groupe parce que le groupe était ce qu’ils cherchaient. Ils n’avaient pas besoin d’être convaincus.

    Puis l’appétit politique a changé. Le financement s’est tari. Le propre rapport annuel 2024-2025 de RÉZO s’ouvre en reconnaissant des compressions en santé sexuelle. C’est réel. RÉZO a traversé une restructuration significative ces dernières années, avec des pertes importantes en postes à travers plusieurs équipes d’intervention. Des gens ont perdu leur emploi. Des programmes ont perdu leur capacité. Des communautés ont perdu des services construits sur des années. Ce que l’organisme a absorbé n’est pas un ajustement mineur. C’est une crise, et ce contexte appartient à tout compte honnête de ce qui s’est passé ensuite. Mais une crise ne détermine pas où les coupures atterrissent. Ça, c’est un choix institutionnel. Le paysage du financement est véritablement difficile, et ça n’explique pas ce qui s’est passé ensuite.

    Le projet Chemsex/PnP a pris de l’expansion pendant cette même période. Il a reçu plus de 267 heures d’accompagnement individuel en 2024-2025, deux groupes de soutien, plusieurs membres du personnel, une couverture détaillée sur plusieurs pages du rapport annuel. Convive, le groupe en espagnol pour les hommes GBQ hispanophones, est décrit dans le même document comme essentiel et florissant, 182 membres, 12 rencontres. La pression de financement ne pèse pas également sur tous les programmes, et le déséquilibre se lit clairement dans les rapports annuels mis en regard de la page Kominote. Ni le rapport 2023-2024 ni le rapport 2024-2025 ne mentionnent Kominote. Deux années consécutives de silence institutionnel. Dans ce même rapport 2022-2023, le dernier à mentionner Kominote, Chemsex/PnP apparaît pour la première fois : un nouveau programme encore en développement, quatre rencontres tenues.

    La page reste en ligne. Le rapport reste lié. Les inscriptions sont fermées pour le moment. Dates à venir. L’organisme garde le capital politique produit par la consultation, le rapport, la présence de la communauté, et se déleste de l’obligation que cette monnaie était censée porter. Ce n’est pas de la négligence et ce n’est pas un échec bureaucratique. La négligence serait passive. Ce que c’est, c’est le maintien actif d’une réputation progressiste construite sur un travail que l’institution ne fait plus, pour une communauté qui est venue à tout ce que Kominote offrait et qui n’a pas été soutenue. La case est cochée. La personne qui cherche un groupe de soutien trouve une bannière. RÉZO garde le point tournant. La communauté obtient dates à venir.

    C’est de l’été 2017 que vient cette grammaire. Pas un dossier en construction mais une façon de lire en train de s’apprendre, à travers le corps, avant que le langage ne rattrape. La présence Noire instrumentalisée pour produire de la légitimité, signaler le progressisme, accéder au financement, et ensuite l’institution qui se retire une fois que la monnaie a été extraite, laissant la communauté qui l’a produite sans l’infrastructure que sa présence avait été utilisée pour justifier. L’évaluation des besoins que l’institution a commandée et louée et n’a pas mise en œuvre. Le programme que la communauté a rempli et que l’institution n’a pas soutenu. Ce n’est pas une logique d’échec. C’est une logique d’extraction, et elle opère à RÉZO depuis aussi longtemps que je connais l’organisme.


    HoT et Kominote ont été construits sous le même financement de projet fédéral, la première phase de l’alliance Avancer, qui a duré de 2018 à 2022. HoT a suivi une évaluation des besoins, produit un guide pour les hommes trans et les personnes transmasculines ayant des relations avec des hommes, et est devenu un programme. La communauté pour laquelle il avait été construit est venue. Kominote a fait la même chose. Le financement de projet fédéral est toujours limité dans le temps. Quand cette première phase s’est terminée, les deux programmes ont heurté le même précipice et RÉZO a dû décider quoi soutenir.

    Le rapport annuel 2024-2025 décrit HoT comme étant dans sa quatrième cohorte, neuf personnes inscrites, avec des plans pour reconstruire le groupe en 2025-2026. Il rétrécit. Ses inscriptions sont également fermées pour le moment. La différence, c’est que HoT existe dans le rapport : nommé, comptabilisé, auquel on assigne un avenir. Kominote n’apparaît ni dans le rapport 2023-2024 ni dans le rapport 2024-2025. Pas pour signaler une pause. Pas pour annoncer une reconstruction. Pas une seule fois. Deux programmes, la même origine de financement, le même précipice, la même direction de déplacement pendant que Chemsex/PnP prenait de l’expansion, pendant que Convive grandissait, pendant que le rapport annuel remplissait des pages de statistiques sur ce que l’organisme a choisi de soutenir. Les besoins d’une communauté ne rétrécissent pas parce que l’inscription à un programme diminue. La logique ne concerne pas un programme ou une communauté. Elle concerne quelles communautés RÉZO a décidé, en pratique plutôt qu’en valeurs déclarées, de continuer à construire vers quand l’argent fédéral s’est tari.

    Les décisions architecturales sont des décisions. Convive a son propre portail dédié dans la navigation principale de RÉZO, intégré au site au même niveau architectural que les sections principales. Le site existe en trois langues, structuré en partie autour de ce portail. Là où quelque chose vit dans une structure de navigation communique la priorité institutionnelle aussi clairement que n’importe quoi dans un rapport annuel. Kominote se trouve sous une sous-sous-page de la section des services, sous une bannière que tu connais maintenant.

    Ce n’est pas une critique de Convive ou de la communauté qu’il sert. Le contraste n’est pas entre ces communautés. Il est entre ce que l’institution a décidé de soutenir et ce qu’elle a décidé de ne pas soutenir, et ce que cette logique communique sur la place réelle des personnes Noires queers dans la hiérarchie des engagements de RÉZO, par opposition à sa hiérarchie déclarée.


    En 2022 j’ai présenté les conclusions de Kominote au SMASH. Les membres Noirs queers et trans de la communauté avaient dit ce dont ils avaient besoin, je l’avais documenté, et je l’avais apporté à la conférence de l’organisme qui avait commandé le travail et l’avait appelé un point tournant. C’est l’avant.

    SMASH 2025. Une présentatrice avait utilisé des photographies de personnes Noires tout au long de ses diapositives sur le travail du sexe et l’accès aux soins de santé sans jamais analyser ce que le fait d’être Noir signifiait pour les gens dans ces images, pour les statistiques présentées, pour les taux disproportionnés de criminalisation et d’exclusion des soins de santé que les données montraient déjà. J’ai demandé, dans la salle, pourquoi la racisation avait été absente d’une présentation qui avait utilisé des corps Noirs comme évidence visuelle. La réponse était qu’il n’y avait pas eu le temps de tout aborder. J’ai dit que c’était un choix, et que le choix ne s’alignait pas avec l’utilisation de ces images. La présentatrice, une femme blanche, s’est fâchée. Un homme blanc bien connu dans le milieu est allé vers elle et a dit, « en tout cas y’était ben énervé, » lui offrant du réconfort en réduisant ce que j’avais dit à une question de mon affect. Pas la présentation. Pas la question. Mon affect. Un ami trans Noir qui était à la conférence avec moi l’a entendu et me l’a dit. Je l’ai interpellé directement et en public. Ce qui a suivi c’est les organisateurs qui ont cherché à me calmer — pas à aborder le commentaire, pas à aborder ce que tout ça voulait dire dans un espace organisé, ostensiblement, autour de la santé et de la dignité des communautés dont les images venaient d’être utilisées comme décor. Le corps Noir en colère était la perturbation. Tout ce qui avait produit la colère ne l’était pas.

    RÉZO n’a pas abordé ce qui s’est passé d’une façon que la communauté reconnaîtrait comme significative. Rien n’a atteint les gens qui étaient dans cette salle. Rien n’a suggéré que l’institution comprenait ce que l’après-midi avait révélé sur l’espace qu’elle avait construit.

    SMASH 2026. Aucune session sur les personnes Noires. Plusieurs sessions sur le chemsex et le PnP, sous différents angles et approches. La conférence qui n’avait pas pu tenir une question sur l’antinoirceur en 2025 n’a trouvé aucune place pour un contenu de santé spécifique aux personnes Noires dans le programme de l’année suivante. Le programme 2026 est la réponse de l’institution à la question de 2025, plus complète que tout ce qui a été dit dans les suites de cet après-midi, plus honnête sur la priorité institutionnelle que n’importe quelle déclaration de valeurs sur le site web.

    Je porte ce que je sais sur cette institution depuis un été en 2017. Le genre de connaissance spécifique et accumulée qui se construit quand un corps a raison sur quelque chose avant que l’esprit ait le langage pour ça, qui se construit à travers des années d’acquisition du langage pour regarder ensuite ça ne rien changer. Je sais ce que ça veut dire quand une institution commande un rapport, l’appelle un point tournant, et classe le point tournant. Je sais ce que ça veut dire quand une communauté remplit un programme et que le programme n’est pas soutenu. Le corps a tout retenu à travers tout ça. Moi aussi. La différence entre ces deux choses s’est réduite au fil des années.

    Mon ami est encore là. Encore dans les suites particulières d’une conversation difficile, ayant encore besoin de quelque chose qui devrait exister, qui a existé, qui avait été construit spécifiquement pour lui et pour des gens comme lui par un processus qui a demandé à la communauté ce dont elle avait besoin et a reçu une réponse et a transformé cette réponse en programme et a appelé tout ça un point tournant dans l’histoire de l’organisme. Le rapport qui a produit Kominote est encore sur le site de RÉZO. Encore lié depuis la page avec les inscriptions fermées. Encore disponible en téléchargement. Il décrit, dans le langage commandé par l’organisme lui-même, exactement ce que RÉZO avait été invité à devenir et exactement ce qu’il n’est pas devenu. Le point tournant est encore là. Le programme vers lequel il s’est tourné ne l’est plus.

    Je ne sais pas ce que mon ami trouvera quand il cherchera du soutien la prochaine fois. Je sais ce que j’ai trouvé quand j’ai cherché pour lui. Le rapport et la page sont encore là tous les deux, sur le même serveur, attachés au même organisme, accessibles à quiconque sait où chercher. L’évidence n’est pas la mienne. Elle appartient à RÉZO. Ils m’ont embauché pour l’écrire, ils l’ont louée, ils l’ont liée, et ils l’ont laissée là, attachée à l’absence qu’elle était censée prévenir. C’est ça le dossier. Il n’a pas besoin de ma colère pour être lisible. Il est lisible en lui-même.

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  • Le temps, tenu

    Le temps, tenu

    Le temps arrive avant que quoi que ce soit ne se passe. Il se présente en avance, s’installe, réarrange la journée autour de lui. On l’apprend à travers la façon dont le corps se prépare. À travers la manière dont la poitrine reste légèrement soulevée, comme si elle attendait qu’on lui tape sur l’épaule. À travers la fréquence à laquelle la mâchoire se resserre quand le téléphone s’allume. À travers le réflexe de compter les jours sans le vouloir.

    L’empire fonctionne à travers ce genre de temps. Il le laisse s’infiltrer lentement. Il donne aux gens assez de marge pour s’adapter, assez de répétition pour que l’endurence ressemble à un trait de caractère. Les vies s’étirent autour des dates de renouvellement et des périodes de révision. Tout continue de bouger, mais rien n’atterrit vraiment. On apprend à tenir sa vie légèrement, à garder ses affaires minimales, à rester prêt·e à se déplacer sans qu’on nous dise de bouger.

    Des gens vivent pendant des années à l’intérieur de prolongements. À l’intérieur de permissions temporaires. À l’intérieur de mesures qui circulent sans jamais se solidifier en quelque chose de stable. La vie remplit l’espace quand même. Des repas se préparent. Des boîtes à lunch se font. Des horaires de travail se mémorisent. L’amour continue de se passer. Tout ça se déploie sur un terrain qui ne se raffermit jamais complètement. On apprend à distribuer son poids. On apprend où ne pas trop s’appuyer.

    La joie arrive encore, mais elle vient avec une horloge intérieure déjà en marche. On l’entend tic-taquer pendant qu’on rit. Pendant qu’on planifie. Pendant qu’on se permet de croire que quelque chose pourrait tenir. La fête devient prudente. Les projets restent provisoires. Même le repos porte un bourdonnement bas d’alerte, comme si le corps ne faisait pas tout à fait confiance à sa capacité de se laisser descendre jusqu’au fond.

    Ce genre de temps use les gens sans laisser de marques qu’on peut montrer du doigt. Il apprend au corps à rester disponible. Le sommeil s’aménuise. L’attention se fragmente. On commence à mesurer la vie en cycles qu’on n’a pas choisis. Des cycles de renouvellement. Des cycles de traitement. Des cycles d’attente. Chacun demande de la patience. Chacun emporte avec lui un peu plus de capacité.

    La politique en dépend. La fatigue canalise ce qui semble possible. Quand l’énergie est dépensée à gérer l’incertitude, il en reste très peu pour autre chose. La semaine devient l’unité de survie. L’avenir commence à sembler abstrait. On prend des décisions en fonction de ce qui demande le moins d’explications, le moins d’exposition, le moins de risque d’être remarqué·e.

    L’urgence se déplace de façon inégale dans ce système. Certaines situations arrêtent tout. D’autres s’étirent tranquillement, absorbant des jours, des mois, des années. La perte attend son tour. Le tort se classe, se diffère, se voit assigner un nouveau délai prévu. On ressent le délai dans le temps que ça prend pour respirer normalement à nouveau, dans la vitesse à laquelle l’espoir se rétracte quand il devient trop fort.

    Le langage qui entoure tout cela reste calme. Des dates apparaissent. Des mises à jour se promettent. Des avancements se laissent entendre. Ces mots circulent sans heurt dans les canaux officiels. Ils semblent stables. Ils invitent à la confiance. Ils demandent de la composure. Ils demandent aux gens de continuer à montrer qu’ils et elles peuvent gérer.

    Et pourtant, du temps se crée ailleurs. Dans des cuisines où les histoires n’arrivent pas dans l’ordre. Sur des pistes de danse où le corps suit la sensation plutôt que la séquence. Dans des réseaux de soin qui se mobilisent quand quelqu’un a besoin de quelque chose, non pas quand un formulaire se libère. La mémoire plie le temps. Le toucher le comprime. Le deuil l’étire. Rien de tout cela ne demande à être planifié.

    Ces pratiques n’attendent pas d’être reconnues. Elles se passent parce que la vie continue d’insister. Parce que le soin a son propre tempo. Parce que les gens restent ensemble même quand tout le reste semble provisoire. Ces rythmes ne résolvent pas l’attente, mais ils en interrompent l’autorité.

    L’empire gère le temps en le distribuant de façon inégale. En décidant qui a le droit d’arriver et qui doit rester en mouvement. À qui on permet de s’installer et qui doit rester prêt·e. Qui s’use assez lentement pour que ça ait l’air procédural. Faire attention au temps, c’est remarquer comment le pouvoir se déplace tranquillement, à travers des calendriers, des échéances, des files d’attente et les longs espaces entre les deux.

    Il n’y a pas de conclusion nette à tout cela. Le temps sous l’empire laisse des résidus. Il reste dans les muscles. Il se manifeste dans la prudence avec laquelle les gens planifient, dans la fréquence à laquelle la joie se diffère, dans le soin avec lequel l’espoir se rationne. Nommer ça ne le fait pas disparaître. Mais ça amène l’horloge dans la pièce. Ça permet que le poids se ressente ensemble.

    Et parfois, c’est dans cette conscience partagée que commence le mouvement.

  • Structures de la chaleur et de la violence

    Structures de la chaleur et de la violence

    Le soleil est chaud sur mon visage au port, et je ne lui fais pas confiance.
    La lumière de plein hiver n’a rien à faire d’être aussi douce.
    Le fleuve est gelé assez dur pour refuser le reflet, pour tenir sa surface sans profondeur.
    La glace serre tout en place.
    Et pourtant, le soleil presse contre ma peau, insistant, intime, comme s’il m’avait choisi pour un réconfort qu’il n’a pas offert à l’eau.

    La chaleur se pose le long de ma pommette, sur mon front, sur l’arête de mon nez.
    Elle se fait prudente.
    Conditionnelle.
    Le genre de chaleur qui arrive sans conséquence.

    Sous moi, le Saint-Laurent demeure scellé.
    Rien ne se détend.
    Rien ne cède.
    Le corps reçoit ce que la structure refuse.

    Je reste debout plus longtemps que nécessaire. La chaleur m’y encourage. Elle invite à la coopération. Je me surprends à ajuster ma posture pour la retenir, puis à m’arrêter en plein mouvement. Le fleuve ne répond pas. L’eau gelée épaissit le temps, maintient les choses en suspens, comme laissées à mi-instruction.

    Le fleuve a vécu plusieurs vies. Bien avant d’être inscrit dans des routes coloniales, il suivait des rythmes qui ne répondaient ni au registre ni à la loi. Ces rythmes ont été resserrés, redirigés, mis au travail.
    Le fleuve n’est pas né pour la circulation, mais il a été façonné pour la soutenir. Même gelée, cette exigence demeure lisible. Je la sens dans la façon dont les rues s’éloignent de l’eau, organisées, en attente.

    Montréal a appris tôt à organiser la violence sans spectacle.
    L’esclavage ici n’avait pas besoin de plantations.
    Il lui fallait des maisons.
    Des paroisses.
    Des salles d’audience.
    Des contrats pliés assez petits pour disparaître dans des poches.

    Le fleuve ancrerait cet ordre sans avoir à porter chaque corps directement. Il stabilisait la circulation qui rendait l’esclavage reproductible à l’intérieur des terres. La richesse s’est accumulée. L’autorité s’est installée. La vie noire circulait par les cuisines, les sacristies, les testaments et les arrière-salles — mesurée, assignée, transférée à l’échelle du foyer.

    Je quitte le port et je me mets à marcher. Le soleil me suit maintenant par fragments, glissant entre les bâtiments, touchant mon visage, puis se retirant. Mes mains restent engourdies dans mes gants. Mes pieds enregistrent le froid à travers la pierre et l’asphalte.
    Quand le fleuve disparaît de mon champ de vision, il ne se retire pas. Son travail continue ailleurs — dans les registres de succession, les actes de baptême, les routines domestiques. La violence n’avait pas besoin du port pour rester présente. Elle vivait plus près que ça.

    La chaleur insiste. Mes pensées se tournent vers le feu.

    En 1734, un incendie a ravagé Montréal et forcé une mise à nu. Il a traversé maisons et commerces, les intérieurs où des personnes noires et autochtones réduites en esclavage travaillaient sans statut légal. Le feu n’a pas inventé la violence. Il a éclairé ce que la ville contenait déjà.

    Marie-Joseph Angélique a été accusée d’avoir allumé cet incendie.
    L’archive n’offre pas de certitude.
    Elle offre une procédure.
    Elle était réduite en esclavage.
    Elle a été emprisonnée.
    Elle a été interrogée.
    Elle a été torturée.
    Elle a été condamnée.
    Elle a été pendue.

    Le feu s’est déplacé vite.
    Le jugement aussi.

    Je marche encore, et le soleil revient quand la rue s’ouvre. Il réchauffe mon visage sans adoucir quoi que ce soit d’autre. Je le laisse faire. Ici, la chaleur a toujours été lue avec prudence — tolérée quand elle se tient tranquille, nommée dangereuse quand elle déborde.

    Les archives demeurent.
    L’échafaud demeure dans la description.
    La foule demeure comme fait.

    En Nouvelle-France, le travail d’exécution était souvent confié à des hommes noirs réduits en esclavage. Les colons refusaient ce rôle. L’État réglait le problème en achetant quelqu’un pour l’assumer. L’un d’eux, Mathieu Léveillé, a été maintenu en servitude et forcé d’exécuter des peines capitales pendant des années. L’archive le désigne comme celui qui aurait probablement procédé à la pendaison d’Angélique. Elle nous dit aussi autre chose : que la colonie réquisitionnait régulièrement la vie noire pour exercer sa violence la plus visible.

    Ce fait ne résout rien.
    Il approfondit la fracture.

    Le corps du bourreau était lui aussi possédé, non libre, placé de façon à absorber les conséquences d’un ordre qui exigeait l’intimité plutôt que la distance. La corde passait par des mains noires — chanvre rugueux contre une peau tout aussi non libre — parce que la colonie en avait besoin.

    L’exécution d’Angélique n’a pas interrompu l’esclavage à Montréal.
    Elle en a clarifié les termes.
    Elle a démontré la conséquence.
    Elle a absorbé le feu dans la gouvernance.

    La glace ne se forme pas comme le feu se propage.
    Lentement.
    Silencieusement.
    Couche par couche.

    Quand je remonte vers le Vieux-Montréal, le fleuve est ailleurs, mais son froid est resté avec moi. Je me dirige vers la place d’Armes sans cérémonie. La place ne s’annonce pas comme un lieu de mort. Elle se comporte comme de la pierre et de l’espace. Les gens passent. La circulation continue à proximité.

    C’est probablement ici qu’Angélique a été pendue.

    Ce savoir atteint d’abord le corps. La poitrine se serre. La mâchoire se fixe. Rien dans la place ne signale cette reconnaissance. Le soleil touche encore une fois mon visage, brièvement, comme s’il insistait sur sa neutralité. Tout près, l’interprétation de My Heart Will Go On par un musicien de rue rebondit sur les façades, sans gêne, continue. La chaleur n’appartient pas au lieu. Elle appartient au moment, et le moment ne se soucie pas de l’endroit où il se produit.

    L’exécution est un travail froid.
    L’administration aussi.
    L’oubli aussi.

    Je continue de marcher.

    La chaleur s’amenuise. Le froid reprend toute son instruction.

    Quand j’arrive chez moi, le soleil me semble lointain, presque irréel. Mais il demeure comme certaines vérités demeurent — indéniables, insuffisantes, formatrices. Le fleuve reste scellé. La place reste là où elle est. L’archive reste incomplète et opérante.

    Rien n’a été racheté.
    Rien n’a été résolu.

    Ce qui s’est produit est plus simple et plus difficile :
    le feu, la glace, le soleil et la marche sont entrés dans un même champ d’attention, et mon corps a été sommé de les tenir ensemble, sans explication.

    Ça aussi, ça fait partie de l’après-vie.

  • Il n’y a pas de mot pour ce deuil

    Il n’y a pas de mot pour ce deuil

    Je n’étais pas censé écrire ça.

    Je devrais travailler à mon examen de synthèse. Écrire sur la temporalité, sur la santé, sur la manière dont les personnes noires et queer prennent soin les unes des autres à contretemps, dans un monde qui n’a jamais pensé notre survie. Je devrais offrir de la thérapie, tenir de l’espace pour celleux qui naviguent leurs propres chagrins. Je devrais avancer mon manuscrit, préparer une conférence, me concentrer sur mon prochain ball.

    Mais il y a un génocide en cours à Gaza.

    Et je suis en miettes.

    Ce n’est pas le sujet de ce texte, mais en même temps, tout y est relié.

    Parce que je ne sais plus comment bouger dans ce monde.

    Je ne parle pas en images. Je ne parle pas de façon abstraite. Je veux dire littéralement. Mon corps ne sait plus quoi faire. Je reste figé. Je tremble. J’essaie de manger et j’ai mal au cœur. Je dors et je me réveille le souffle court. Je sors marcher dans une fumée si dense que l’air à Tiohtià:ke est maintenant le plus pollué sur toute la planète. Et même ici, dans cette asphyxie, je respire mieux qu’un enfant à Rafah.

    Et qu’est-ce qu’on fait avec ce genre de savoir?

    Il y a une famine de niveau 5 à Gaza.
    Le niveau le plus élevé reconnu.
    Des dizaines d’enfants sont déjà morts de faim.
    D’autres vont mourir dans les jours qui viennent.

    Et la nourriture est déjà là.
    À quelques mètres.
    Stationnée à la frontière.
    Dans des camions.
    Dans des entrepôts.
    Dans des avions.

    Empêchée d’entrer.

    Par décision.
    Par volonté.
    Par stratégie.

    Ce n’est pas un désastre naturel. Ce n’est pas une conséquence involontaire. Ce n’est pas une situation humanitaire complexe. C’est un génocide. Planifié. Militaire. Colonial. C’est une extermination à petit feu. C’est une campagne de famine. C’est la destruction systématique de tout ce qui fait peuple.

    C’est ça, la logique du sionisme.
    C’est ça, le projet colonial.
    C’est ça, effacer un peuple avec méthode, pendant que le monde regarde.

    Et le monde regarde.
    Fait défiler.
    Rationalise.
    Détourne les yeux.
    Commente, sans rien dire.
    Puis passe à autre chose.

    Parce que l’oubli est une forme de confort.

    Et si t’as déjà vécu avec un corps que l’État considère comme problème à gérer, si t’as déjà marché dans une peau que le pouvoir ne reconnaît que dans la souffrance ou la menace, si t’as déjà aimé en dehors de ce que le monde appelle la norme, alors tu reconnais tout ça.

    Parce que ce que vit Gaza, c’est familier.
    Ce qui se passe n’est pas impensable.
    C’est parfaitement pensable.
    C’est ça qui fait mal à respirer.

    C’est ça, un génocide en direct.
    C’est ça, un monde qui a normalisé la barbarie.
    C’est ça, une famine organisée par des États.
    C’est ça, la dépossession transformée en politique étrangère.
    C’est ça, l’effacement en temps réel.

    Et Gaza saigne.
    Et nous, on regarde.

    Je n’ai pas d’espoir à offrir aujourd’hui.

    Pas celui qu’on emballe joliment.
    Pas celui qu’on vend à l’unité.

    Parce que si tu parles encore de deux côtés,
    Si tu t’indignes plus pour des vitrines brisées que pour des familles entières anéanties,
    Si tu mets des conditions à ta solidarité,
    Si tu restes muet·te quand des enfants meurent de faim à la vue de tous,
    Ta neutralité est une position.

    Et je ne veux plus convaincre personne que les Palestinien·nes méritent de vivre.

    La vie n’a pas besoin d’être méritée.
    La liberté n’est pas une faveur.
    La justice n’est pas un débat.

    Les Palestinien·nes n’ont pas besoin de permission pour exister.
    Pas besoin d’être des victimes idéales.
    Pas besoin de convaincre qui que ce soit pour qu’on cesse de les bombarder.

    Iels ne meurent pas à cause du Hamas.
    Iels meurent parce qu’iels sont encore là.
    Parce qu’iels sont autochtones.
    Parce qu’iels refusent de disparaître.

    Et ça, je le ressens dans mes os.

    Pas juste comme témoin.
    Mais comme quelqu’un qui sait ce que c’est d’être considéré comme un dommage collatéral.
    Comme quelqu’un qui a crié dans le vide.
    Comme quelqu’un qui vit dans une chair que l’État surveille, classe, et punit.

    Mais ce n’est pas à propos de moi.

    C’est à propos d’un père qui berce le corps sans vie de son enfant en répétant qu’il est désolé.
    C’est à propos d’un petit bout de pain partagé entre vingt personnes.
    C’est à propos d’un médecin qui soigne encore dans les ruines d’un hôpital bombardé.

    C’est à propos d’un peuple qui chante encore au milieu des décombres.
    Qui prie dans la poussière.
    Qui écrit des poèmes.
    Qui plante des oliviers.
    Qui dessine des clés.

    Ce n’est pas de la résilience.
    C’est du refus.

    Ce n’est pas de l’optimisme.
    C’est une tactique de survie.

    Ce n’est pas une crise humanitaire.
    C’est un crime.

    Et malgré tout, on entend encore des chants.
    Des cris.
    Des prières.
    Des poèmes.

    Et je veux que tu comprennes ce que ça veut dire de continuer à vivre en plein génocide.
    Pas juste exister. Aimer.
    Pas juste respirer. Résister.
    Pas juste survivre. Combattre.

    Je n’ai pas les mots.
    J’ai ce deuil planté dans la gorge comme un morceau de métal.
    J’ai cette fatigue qui colle aux os.
    J’ai ces larmes qui ne suffisent jamais.
    J’ai ce vertige d’essayer d’être utile pendant que le monde s’effondre.
    J’ai cette douleur de savoir que pendant que j’écris, d’autres meurent.

    Et pourtant, j’écris.

    Parce que le silence nourrit les bombes.
    Parce que témoigner, c’est insuffisant, mais nécessaire.
    Parce que l’abolition, c’est tous les murs.
    Parce que la solidarité, c’est pas demain. C’est maintenant.

    Parce que la Palestine n’est pas un slogan.
    C’est une terre. Un peuple. Une mémoire. Une tendresse.

    Et parce que vivre en tant que personne noire, queer et abolitionniste aujourd’hui, c’est déjà choisir un camp.

    Et je le redis, encore et encore, même si ma voix tremble :

    La Palestine vivra, la Palestine vaincra.

    Et j’espère rester vivant assez longtemps pour le voir.

    Et je n’oublierai jamais ce qu’on a fait, ni ce qu’on a refusé de faire, en attendant.