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  • Sel

    La glace transpire. L’humidité s’accumule à la surface, à la ligne précise où la glace rejoint l’eau qu’elle est en train de devenir. Je regarde ça depuis le banc sur le quai, le même banc, la même orientation vers l’est à laquelle je reviens sans vraiment le décider. Des goélands se sont posés sur cette…

  • Le faux printemps

    L’air fait quelque chose qu’il n’a pas d’affaire à faire en mars. Je le remarque avant d’être tout à fait éveillé à le remarquer — quelque chose dans la poitrine, un petit relâchement, la mâchoire qui se desserre d’une façon dont je n’avais pas réalisé qu’elle était serrée. Je suis déjà sur le trajet quand…

  • Le corps comme premier registre

    Mon corps a été le premier endroit où les choses s’accumulent. Une pression s’installe dans mon dos — une contraction basse qui a commencé à sembler structurelle, le genre de tension qui ne cède pas à l’étirement ni au repos. Elle se déplace sans jamais partir vraiment. Certains jours, elle se loge entre les omoplates ;…

  • Le temps, tenu

    Le temps arrive avant que quoi que ce soit ne se passe. Il se présente en avance, s’installe, réarrange la journée autour de lui. On l’apprend à travers la façon dont le corps se prépare. À travers la manière dont la poitrine reste légèrement soulevée, comme si elle attendait qu’on lui tape sur l’épaule. À…

  • Structures de la chaleur et de la violence

    Le soleil est chaud sur mon visage au port, et je ne lui fais pas confiance.La lumière de plein hiver n’a rien à faire d’être aussi douce.Le fleuve est gelé assez dur pour refuser le reflet, pour tenir sa surface sans profondeur.La glace serre tout en place.Et pourtant, le soleil presse contre ma peau, insistant,…

  • Déraciné

    Le matin après les élections, la ville semble inchangée. Rues sèches, air cassant, feuilles plaquées contre l’asphalte. Un joggeur passe, son souffle formant une buée dans le froid, et quelque part, une alarme de voiture démarre puis s’arrête. Montréal poursuit sa routine avec la précision d’une mémoire musculaire. C’est une ville qui sait déguiser le…

  • Il n’y a pas de mot pour ce deuil

    Je n’étais pas censé écrire ça. Je devrais travailler à mon examen de synthèse. Écrire sur la temporalité, sur la santé, sur la manière dont les personnes noires et queer prennent soin les unes des autres à contretemps, dans un monde qui n’a jamais pensé notre survie. Je devrais offrir de la thérapie, tenir de…

  • Comment partir sans offrir ton corps comme preuve

    pour celleux qui partent avant de s’écrouler Il y a des jours où rester coûte trop cher.Où être là n’est plus un geste de soin, mais un sacrifice. Ton souffle se raccourcit.  Ta mâchoire se serre.  Ton écran t’agresse.  Et ta voix, quand tu la trouves, semble flotter dans le vide.On t’a appris à justifier…

  • Le mauvais deuil

    Qui a le droit de pleurer en public — et qui ne l’a pas C’était calme au début. Juste quelques-un·es d’entre nous, allongé·es sur le béton froid devant l’Université McGill Keffiehs pliés. Corps disposés non pas pour le spectacle, mais pour le deuil.Le die-in n’était pas fait pour devenir viral. Il voulait dire ce que…

  • Ce que la blancheur pleure quand une plantation brûle

    Quand la plantation Nottoway a brûlé, ce n’est pas juste un bâtiment qui s’est effondré — c’est tout un fantasme blanc qui est parti en fumée. Et dans les cendres, quelque chose est remonté à la surface : une tristesse blanche. Pas pour les personnes réduites en esclavage. Pas pour les vies brisées sur cette…